Actifs de liberté
FTX et Celsius : le risque commence aussi chez celui qui garde vos cryptos
Chez FTX, des dépôts de clients ont été détournés ; Celsius a suspendu les retraits. Deux cas pour distinguer le risque du crypto-actif de celui de sa conservation.

Un bitcoin peut garder le même cours pendant que son propriétaire perd l'accès à ses fonds. Il suffit que l'intermédiaire qui les détient bloque les retraits ou ne puisse plus les restituer. FTX et Celsius ont rendu ce risque visible, avec deux mécanismes différents. Le premier était une plateforme d'échange ; le second promettait notamment un rendement en utilisant les actifs confiés. Avant de choisir où détenir des cryptos, il faut donc regarder ce que l'entreprise fait réellement de ces actifs.
Chez FTX, les dépôts des clients ont financé Alameda
FTX permettait d'acheter et de vendre des crypto-actifs. Son fondateur, Samuel Bankman-Fried, assurait aux clients que leurs dépôts étaient conservés séparément des actifs de l'entreprise. Or, selon le ministère américain de la Justice, il a détourné des milliards de dollars déposés par les clients, notamment au profit d'Alameda Research, sa société de trading. Une peine de 25 ans de prison a été prononcée contre lui le 28 mars 2024, après sa condamnation pour plusieurs fraudes.
Le risque ne venait pas seulement de la variation du prix des cryptos. Les clients dépendaient aussi de la capacité et de la probité de FTX à conserver puis restituer ce qui leur était dû. Le solde affiché dans une interface ne prouvait pas, à lui seul, que les actifs correspondants étaient disponibles au retrait.
Chez Celsius, le rendement supposait de confier les actifs
Celsius proposait notamment son programme Earn, présenté comme un moyen de générer un rendement avec les crypto-actifs des clients. Ici, la question à poser était encore plus directe : que devient l'actif une fois confié à l'entreprise, et sur quelles opérations repose le rendement promis ?
Le ministère américain de la Justice indique que Celsius a suspendu les retraits de ses clients le 12 juin 2022, après que son dirigeant eut continué à assurer que l'entreprise disposait de liquidités suffisantes. Alexander Mashinsky a reçu une peine de 12 ans de prison le 8 mai 2025 après avoir plaidé coupable de fraude sur matières premières et de fraude sur titres financiers. Le même communiqué décrit une manipulation du cours du jeton CEL. La suspension des retraits a transformé une promesse de disponibilité en attente imposée aux clients.
FTX et Celsius ne sont pas des modèles identiques. Leur point commun utile pour l'épargnant est la dépendance envers un tiers : celui qui contrôle l'accès peut défaillir, employer les actifs autrement que prévu ou interrompre leur restitution. Un rendement annoncé ajoute une question sur la manière dont il est produit ; il ne compense pas automatiquement ce risque.
Un agrément encadre le conservateur sans assurer le capital
En France, depuis la fin de la transition MiCA au 1er juillet 2026, un professionnel qui fournit des services sur crypto-actifs doit disposer d'une autorisation de prestataire de services sur crypto-actifs, ou PSCA. L'AMF explique comment vérifier cette autorisation et précise que l'ancien enregistrement PSAN ne suffit plus à lui seul.
Le cadre européen impose notamment, pour le service de conservation, un accord décrivant les responsabilités du prestataire, un registre des positions des clients et une séparation des actifs des clients de ceux de l'entreprise. Ces obligations visent à mieux protéger les droits des clients, notamment en cas d'insolvabilité. Elles ne rendent pas l'investissement sans risque : l'AMF rappelle que la garantie des dépôts ne couvre pas les crypto-actifs en cas de faillite d'une plateforme.
Vérifier un agrément est donc un premier filtre, pas un certificat de sécurité absolue. Il faut aussi vérifier que l'entité contractante et le service utilisé figurent bien dans le périmètre autorisé. Une marque connue peut proposer plusieurs services, dont les modalités de détention diffèrent.
La bonne question : qui peut rendre les actifs, et à quelles conditions ?
Avant de laisser des cryptos sur une plateforme, quelques vérifications valent mieux qu'un slogan sur la sécurité :
- Identifier l'entreprise avec laquelle le contrat est conclu et le service exact : échange, conservation, prêt ou produit de rendement.
- Vérifier son autorisation dans la liste officielle et lire les conditions de retrait, les frais et le rôle éventuel d'un autre conservateur.
- Comprendre si les actifs restent conservés pour votre compte ou sont employés dans une activité qui crée un risque de contrepartie supplémentaire.
- Tester les procédures de retrait et de sécurisation avec une somme limitée, sans confondre un retrait réussi aujourd'hui avec une garantie future.
La conservation personnelle retire une partie de la dépendance à un intermédiaire, mais transfère une responsabilité technique au détenteur. Sécuriser ses clés et vérifier l'adresse de chaque transfert devient alors sa responsabilité ; perdre l'accès à une clé privée ou se tromper d'adresse peut entraîner une perte d'accès aux actifs. Elle n'est donc pas une solution automatique pour chacun. Le choix doit tenir compte de sa capacité réelle à protéger ses accès et à exécuter des transferts sans erreur.
FTX a montré ce qui arrive quand les dépôts des clients servent à d'autres fins ; Celsius, ce que peut coûter une promesse de rendement adossée à des actifs confiés. Pour limiter ce risque, la première décision porte sur la garde : identifier le service, vérifier son autorisation, comprendre les conditions de restitution et mesurer ce que l'on saurait gérer soi-même. Aucun de ces contrôles ne supprime la volatilité de l'actif ni le risque de perte.
