Actifs de liberté
S&P 500 : le T2 2026 doit beaucoup à Anthropic et SpaceX
Pourquoi les gains de participation d’Alphabet et Amazon ont gonflé les bénéfices du S&P 500 au T2 2026, et quels chiffres lire à côté.

Les bénéfices des sociétés du S&P 500 ont affiché une croissance spectaculaire au deuxième trimestre 2026. Une partie de cette hausse vient de la progression du résultat d’exploitation. Une autre vient de deux lignes comptables beaucoup moins récurrentes : la revalorisation des participations d’Amazon dans Anthropic et d’Alphabet dans SpaceX et une autre société privée. Ces gains sont conformes aux règles comptables. Ils n’ont pourtant ni la même répétabilité ni le même effet sur la trésorerie qu’un dollar gagné en vendant un service. Pour lire ce trimestre sans l’embellir ni le nier, il faut regarder trois étages séparément : le résultat d’exploitation, les autres produits et le bénéfice net.
Deux réévaluations ont changé l’échelle du trimestre
Les comptes d’Amazon et d’Alphabet montrent immédiatement le décalage. Les montants ci-dessous sont ceux du trimestre clos le 30 juin 2026, en milliards de dollars.
| Groupe | Résultat d’exploitation | Autres produits nets avant impôt | Bénéfice net |
|---|---|---|---|
| Amazon | 27,5 | 53,4 | 62,6 |
| Alphabet | 40,8 | 98,0 | 112,2 |
Chez Amazon, les comptes trimestriels déposés auprès de la SEC attribuent l’essentiel des 53,4 milliards de dollars d’autres produits aux investissements dans Anthropic. Le groupe détaille notamment 50,5 milliards de hausse de valeur sur ses actions préférentielles non cotées, à la suite de nouvelles opérations de financement.
Alphabet présente un phénomène encore plus ample. Son rapport trimestriel fait état de 99 milliards de gains nets sur titres, principalement liés à des plus-values latentes sur SpaceX et une société privée. Le bénéfice net atteint ainsi 112,2 milliards de dollars, alors que l’activité a produit 40,8 milliards de résultat d’exploitation.
Ces colonnes ne sont pas interchangeables. Le résultat d’exploitation vient des activités du groupe après leurs coûts. Les autres produits accueillent ici une variation de valeur des participations. Le bénéfice net additionne ensuite ces éléments, puis tient compte notamment des impôts. Soustraire mécaniquement une ligne avant impôt du bénéfice net donnerait donc un faux résultat « corrigé ».
Les gains de participation gonflent la croissance mesurée par LSEG
L’agrégat de bénéfices des sociétés du S&P 500 construit par LSEG retient les résultats publiés par ses membres. Quand deux groupes de cette taille enregistrent ensemble plus de 150 milliards de dollars d’autres produits au même trimestre, la croissance de l’ensemble bondit.
Le tableau de bord de LSEG publié le 11 septembre situe la croissance de sa métrique Earnings pour le S&P 500 à 53,4 % sur un an au T2 2026. Le vingt août, lorsque cette croissance était encore estimée à environ cinquante-deux pour cent, LSEG évaluait à environ 33 % la progression hors gains de participation d’Amazon et d’Alphabet. Ce calcul antérieur ne constitue donc pas une décomposition mécanique du chiffre publié trois semaines plus tard.
La série trimestrielle de LSEG est blended : elle mêle résultats publiés et estimations et peut, selon les sociétés, utiliser des données GAAP ou non-GAAP. L’ordre de grandeur reste néanmoins lisible : Anthropic et SpaceX ont amplifié la croissance affichée par l’agrégat, sans l’avoir créée à eux seuls.
Une plus-value latente n’est pas un encaissement
Amazon n’a pas vendu pour 50,5 milliards de dollars d’actions Anthropic pendant le trimestre. La société a réévalué sa participation après des transactions observables à un prix supérieur. Alphabet a, de son côté, reconnu la hausse de valeur de ses titres, en particulier SpaceX, dont une partie restait soumise à des restrictions de vente à la fin du trimestre.
Le gain existe dans les comptes, mais il reste exposé au prochain prix de marché ou à la prochaine transaction de référence. Une baisse de valorisation peut produire l’effet inverse lors d’un trimestre ultérieur. La concentration compte aussi : un résultat massif lié à une seule participation renseigne davantage sur cette valorisation que sur la répétabilité des marges du groupe.
Cette mécanique n’a rien d’un tour de passe-passe. Les titres cotés sont réévalués au prix de marché ; certains titres privés le sont lors de transactions observables ou en cas de dépréciation. Un gain de juste valeur n’est ni un encaissement, ni un revenu récurrent, ni une preuve que le métier principal est devenu deux fois plus rentable. C’est un autre type de résultat. Comme pour un actif sans revenu qui prend de la valeur, la hausse du prix et la production de cash répondent à deux questions différentes.
Les activités d’Amazon et d’Alphabet ont aussi progressé
Retirer mentalement les gains de participation ne transforme pas le trimestre en échec. Le résultat d’exploitation d’Amazon est passé de 19,2 à 27,5 milliards de dollars sur un an, soit une hausse d’environ 43 %. Celui d’Alphabet est passé de 31,3 à 40,8 milliards, soit près de 30 %. Les deux groupes ont donc produit une amélioration opérationnelle réelle en même temps qu’ils comptabilisaient des gains financiers exceptionnels.
La bonne correction n’est pas de remplacer un chiffre exagérément flatteur par le récit inverse. Elle consiste à séparer ce qui peut se répéter (ventes, marges, demande et coûts) de ce qui dépend d’une valorisation extérieure. Les deux informations importent, mais elles ne répondent pas à la même question.
Quatre niveaux pour lire le bénéfice publié
Pour lire un trimestre chargé en réévaluations, quatre contrôles permettent d’éviter les principaux contresens.
- Le chiffre d’affaires indique si les clients ont davantage acheté.
- Le résultat d’exploitation mesure ce que les activités ont gagné après leurs coûts, avant les participations et la fiscalité.
- Le tableau des flux de trésorerie aide à repérer les ajustements sans encaissement qui expliquent l’écart entre bénéfice net et flux de trésorerie.
- Les notes sur les investissements précisent si le gain est réalisé, latent, fondé sur un cours coté ou estimé à partir d’une transaction privée.
À l’échelle des sociétés du S&P 500, la même discipline consiste à comparer la croissance publiée avec une mesure excluant les éléments exceptionnels les plus lourds. Elle ne produit pas une valeur « vraie » unique. Elle révèle simplement la dépendance du total à quelques événements difficiles à répéter.
Anthropic et SpaceX ont bien gonflé les bénéfices publiés des sociétés du S&P 500 au T2 2026. La croissance opérationnelle d’Amazon et d’Alphabet n'est pour autant pas un mirage. Au même trimestre, la progression de leur résultat d’exploitation a coexisté avec des réévaluations qui ont fortement accru le bénéfice publié. À l’échelle de l’agrégat, la croissance estimée restait positive hors ces gains, mais nettement moins spectaculaire. Confondre ces composantes fait paraître les profits plus récurrents qu’ils ne le sont ; ignorer l’activité réelle conduit à l’erreur opposée.
